2e lundi démocrate avec Corinne LEPAGE

Débat avec Corinne LEPAGE: La crise, une chance pour le développement durable?

Le 20 octobre 2008 à 19h30 Salle des mariages de la Mairie du 6e arrondissement

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Corinne Le page a repris ce soir là les thèmes qu’elle avait développés la veille dans sa chronique sur France Culture. Le texte de la chronique du 20 octobre 2009 est donc le meilleur compte-rendu que nous pouvons faire. Nous reproduisons ici le texte paru dans l’ouvrage de Corinne Lepage: ENTRE COLERE ET ESPOIRS : Chroniques de catastrophes annoncées (2007-2009)

20 octobre 2008

Eviter l’Effondrement

mots-clés : enfermement planétaire, sens, système de valeurs, croissance.

En cette fin d’octobre 2008, la crise financière ne cesse de prendre de l’ampleur. La lecture du livre d’André Lebeau intitulé l’enfermement planétaire, rapprochée de celle du livre de Jared Diamond m’a inspiré cette chronique autour de la question du système de valeurs et des modalités de comptabilité. Pour éviter l’effondrement, nous n’avons guère de choix et pourtant, nous sommes confrontés à un choix binaire : changer disparaître alors même que notre capacité à ne pas faire le choix fatal apparaît comme particulièrement réduite.

Dans son livre Effondrement consacré aux choix des sociétés de survivre ou de disparaître, Jared Diamond identifie 4 formes de comportement collectif qui ont été fatals aux sociétés qui les ont choisis.

  • L’incapacité d’identifier un problème avant qu’il ne se manifeste
  • L’incapacité de percevoir un problème alors qu’il est présent
  • L’incapacité à résoudre – voire même à réellement chercher des solutions lorsque le problème est identifié
  • Et surtout le maintien d’un système de valeurs sociales inadaptées à la situation nouvelle.

Et Diamond écrit à ce propos : Il est douloureusement difficile de décider qu’il faut abandonner certaines de ses valeurs centrales quand elles sont devenues incompatibles avec la survie.

Je laisse nos auditeurs s’interroger sur notre incapacité plus ou moins manifeste à répondre aux trois premier enjeux s’agissant non seulement de la crise financière et économique, mais surtout de la crise énergético-écologique qui est celle de la prise de conscience de nos limites.

Je voudrais m’arrêter sue la question du système de valeurs qui est en réalité la clé du reste. Dans un ouvrage remarquable intitulé « l’enfermement planétaire », André Lebeau traite de la question de la confrontation de la logique libérale au problème des limites de la terre, générant une régression économique, voire un effondrement. Or, nous ne parvenons pas à traiter la question de la démographie pas plus que celle de la gestion dans un intérêt commun des ressources naturelles nécessaires à notre survie Le fait que les ressources soient localisées et les pollutions souvent diffuses accroît encore les sources d’interdépendance mais aussi d’inégalités croissantes, l’accroissement des revenus se faisant sur l’exploitation des richesses. Croissance est synonyme d’augmentation du revenu et non pas d’augmentation du patrimoine collectif. Notre système de valeurs est donc inadapté et ce d’autant plus que la croissance des 30 dernières années s’est accompagnée d’un accroissement des inégalités entre personnes et entre pays qui a servi de moteur à ladite croissance.

Eviter l’effondrement, c’est-à-dire faire le choix de la survie, c’est donc s’attaquer à notre système de valeurs qui est la cause profonde du crack financier. En admettant nos erreurs et en refusant que les responsables physiques des drames actuels tentent de s’autojustifier en nous proposant de continuer sur le même système, voire même comme Alain Madelin en accablant les victimes que sont les emprunteurs américains. Il est nécessaire de commencer avec des mesures symboliques mais fortes comme la suppression des parachutes dorés et bonus de dirigeants financiers par la loi, le droit de vote étendu des Etats dans les banques dans lesquelles il aura investi et une législation rigoureuse excluant toute autorégulation dont on a vu où elle conduisait. Pendant « les affaires » les affaires ne sauraient continuer.

En second lieu, en évitant à tout prix que les Etats qui sont derniers garants de la vie collective ne soient déstabilisés, car ce serait alors un risque de chaos pour les nations. Les Etats sont aujourd’hui les seuls à pouvoir faire face aux réorientations économiques et sociales majeures auxquelles il faut procéder sans délai. A cet égard, on ne saurait trop rappeler combien la frilosité du parlement français au regard de la loi Grenelle apparaîtra, si elle se poursuit, comme une chance historique partiellement manquée pour l’économie et la société française. Ce sont également les Etats qui peuvent au niveau international concevoir un réel système sur le modèle par exemple proposé par le professeur Stiglitz, prix Nobel d’économie, de permettre le développement des pays du sud tout en évitant la déforestation grâce à une généralisation des mécanismes de Kyoto au monde entier. Comprenons bien ! Nous sommes à la croisée des chemins.

  • Ou bien, notre système de valeurs change et s’écarte de l’hyper libéralisme pour revenir à une économie de marché très régulée par une priorité donnée la lutte contre le changement climatique et l’adaptation de notre humanité à des changement d’ors et déjà inévitables. Ce choix implique un retour à l’éthique, un effort sans précédent de solidarité et de réduction des inégalités pour éviter notamment la montée de la violence voire des guerres. C’est un projet de civilisation au sens qu’Edgar Morin a voulu donner à ce terme.
  • Ou bien, nous nous limitons à une analyse de la situation limitée à une crise économique de caractère cyclique et nous mettons les rustines en conséquence. Dans ce cas, la crise n’aura servi à rien si ce n’est à accélérer les mécanismes inévitables qui conduisent à notre effondrement collectif.

Le développement durable, avec une soutenabilité forte c’est-à-dire exigeant le maintien du niveau des ressources, est aujourd’hui un choix rationnel. Etre optimiste consiste à penser que ce choix absolument nécessaire pourra être un choix suffisant.

En septembre 2009, rien ne laisse supposer que ce choix absolument nécessaire soit celui qui ait été fait. Au contraire, il semble bien que ce soit le choix de rustines et non pas de changement de civilisation qui ait été fait par les gouvernements. Les mois qui viennent permettront de savoir si ce constat est trop pessimiste et, la conférence de Copenhague apparaîtra comme un test, mais, l’optimisme ne paraît guère de mise.

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